Prison
de Gand, le 15 décembre 2006
Il
y a six ans, 28 prisonniers politiques étaient
assassinés durant un assaut
militaire mené simultanément
dans 20 prisons de Turquie. Cette
opération sanglante baptisée
cyniquement “retour à la
vie” était destinée à déporter
ces détenus vers de toutes
nouvelles prisons de haute sécurité coupées
du monde, ou règnent l’isolement
et l’arbitraire: les prisons
de type F.
Mais au lieu de punir les
auteurs du massacre qui, de plus, ont
rasé les prisons pour en capturer
les détenus, les autorités
ont intenté un procès
aux victimes qui n’avaient pour
arme que leur corps émacié et
ce, sous prétexte de s’être
rebellés et d’avoir endommagé des
biens publics (!)
Ces détenus livraient
en l’occurrence une résistance
des plus passives, sous forme de grève
de la faim au finish, pour manifester
leur refus de transfert et alerter
l’opinion turque et internationale
du danger de leur confinement cellulaire
pour leur santé physique et
morale.
Or, à ce jour, ce “jeûne
de la mort” ainsi que d’autres
formes de protestation ont coûté la
vie à 122 personnes, y compris
parmi les proches et les amis des détenus,
sans que les divers gouvernements qui
se sont succédés depuis
l’année 2000 n’aient
apporté ni apportent de solution
au problème de l’isolement
carcéral.
En ce moment même,
une détenue dénommée
Sevgi Saymaz, une ex-détenue
mère de deux enfants du nom
de Gulcan Goruroglu et un avocat, Maître
Behic Asci observent le jeûne
dans l’espoir d’attirer
l’attention de l’opinion
internationale en vue d’obtenir
une améliorations des conditions
de détention dans les prisons
de type F. Ces trois grévistes
ont cessé de s’alimenter
au printemps dernier. Ils risquent
donc à tout moment de perdre
la vie tandis que les actions de solidarité se
multiplient dans tout le pays, notamment
aux portes des ministères à Ankara.
Depuis l’année
2002, à chaque anniversaire
du massacre du 19 décembre 2000,
mes camarades et moi-même avions
pris l’initiative de porter à la
connaissance des organisations progressistes
de divers pays, la situation des prisonniers
de Turquie par un symposium international
regroupant des spécialistes
de l’univers carcéral,
des organisations des droits de l’Homme
et des ex-détenus politiques.
Ce symposium a été successivement
organisé à Rotterdam,
Florence, Berlin et Paris. Sa cinquième édition
se tient actuellement à Athènes.
Chaque année, des
détenus politiques de tous les
continents saluent l’initiative
en menant une grève de la faim
de 3 jours. C’est notamment le
cas de nombreux prisonniers incarcérés
aux États-Unis, comme le militant
afro-américain Mumia Abu Jamal,
le militant amérindien Leonard
Peltier et les cinq Cubains condamnés
pour avoir déjoué des
attentats terroristes visant leur pays.
Tout comme eux, aujourd’hui,
le 15 décembre, j’entre
en grève de le faim pour une
durée de trois jours, une manière
de saluer mes camarades réunis à Athènes
et tous les combattants de la liberté incarcérés
de par le monde, de rendre hommage
aux 122 martyres de la résistance
carcérale en Turquie et à leurs
familles.
J’appelle par la
même occasion toutes les personnes éprises
de justice à contribuer au processus
de dialogue entre le gouvernement et
la société civile turcs
afin que cesse immédiatement
l’hécatombe des détenus
isolés.
Tendresses et fraternité,
Bahar
Kimyongür