"Armés" de feux d’artifices (quelques fumigènes et trois ou quatre fusées colorées), leur objectif était de solidariser avec les détenus en grève de la faim depuis la semaine dernière. Le mot d'ordre était clair : «On allume les feux d’artifices, on crie quelques slogans (“pas de frontières, pas de nations, liberté, solidarité…”), pacifiquement, pendant 15 minutes, puis on reprend le train ensemble». Un petit mot est lancé plus spécialement à l’adresse de la vingtaine de détenus qui, après une semaine de jeûne, avaient arrêté leur grève de la faim le jour même, ainsi qu’envers Hossein placé au cachot pour tentative de suicide suite à une expulsion imminente.
Deux voitures de police sont arrivées, alors que les manifestants, qui n’avaient commis aucun grabuge, étaient déjà en route pour la gare. Quatre policiers sont sortis de leurs voitures pour prendre les identités des manifestants ; ceux-ci ont refusé. Les policiers ont alors tenté d'attraper par la force certains d'entre eux mais ils n'ont pas réussi. Arrivés à la gare, les manifestants ont constaté qu’ils étaient attendus par quatre ou cinq combis, une trentaine de policiers pour bloquer l'accès au quai, matraques à la main.
«Mais, leurs matraques et leurs armes ne leur ont pas suffi ! Un gros malabar d'environ un mètre nonante –déclare une manifestante–, avec les yeux d'un tueur, a attrapé une jeune fille du groupe qui était au premier rang. Il l'a passée au-dessus de son épaule et l'a fait atterrir sur le dos, derrière lui. Résultat : hospitalisation, avec deux vertèbres felées !»
«On a appelé une ambulance, elle ne bougeait plus et criait de douleur... Les ambulanciers l'ont amenée sur une civière –sans commentaire !».
Les policiers étaient à ce moment là plus ou moins quarte-vingt, il y avait même un hélicoptère.
Après avoir passé environ deux heures sur le tarmac, à genou face à un mur et, pour certains, avec des menottes, ils les ont fouillés une première fois, embarqués en car, refouillés au poste pour ensuite les emmener par petits groupes et les relâcher dans les champs –la prochaine fois ce sera avec les yeux bandés ?–, un par un, parfois à deux. «Il était 22h quand ma maman et moi avons été jetées à cinq km de la gare de Leuven», signale une manifestante.
Terroriser
Par quel biais s’installent, pas à pas, en Belgique des techniques d’intimidation jusqu’à présent utilisées par les dictatures militaires soutenues par les États-Unis ? Serions-nous en présence de retombées des techniques de crowd-control déployées par l’OTAN ?
Il est en tout cas évident que c’est pour se livrer en toute impunité à des “excès” pareils que le pouvoir fabrique la peur et se dote de dispositifs sécuritaires de plus en plus liberticides.
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