Marc
Metdepenningen
Vous l'aviez oublié ?
Il y a quelques années, vous
aviez participé à une
manifestation contre la venue en Belgique
du vice-président
du petit Royaume d'Utopilandia. Jeune
militant engagé pour les droits
de l'Homme, vous aviez invectivé l'éminence,
lui adressant quelques vérités
bien senties. La police d'Utopilandia
vous a considéré comme
un « terroriste » et a
délivré, à votre
insu, un mandat d'arrêt international.
Et vous voilà partant en vacances,
sans savoir qu’Interpol a fait
circuler parmi ses membres (dont la
Belgique) une demande d’arrestation… Personne
ne vous a rien dit. Le policier belge,
qui vous a regardé franchir
le contrôle de Bruxelles-National,
se doutait bien, à la lecture
de son listing Interpol, que vous ne
reviendrez pas au bout de vos deux
semaines passées au soleil…
Ce scénario est celui vécu
par Bahar Kimyongur, le ressortissant
belge sympathisant de l’organisation
d’extrême gauche DHKP-C,
arrêté en avril 2006 aux
Pays-Bas sur base d’un mandat
d’arrêt délivré par
la Turquie et décrété,
au bout d’un mois de privation
de liberté, sans fondement par
les Pays-Bas.
Le sénateur Ecolo Josy Dubié vient
de redéposer une proposition
de loi visant à informer tout
ressortissant belge de l’existence
d’un mandat d’arrêt
international délivré à son
encontre par un pays étranger.
Son raisonnement est simple et de bon
sens: soit la personne recherchée
par un pays étranger est un
criminel avéré et dans
ce cas, les faits qui lui sont reprochés
peuvent être dénoncés à la
Justice belge; soit la Belgique (qui
n’extrade pas en principe ses
nationaux) consent à garder
secrètes les demandes farfelues émanant
du pays demandeur… et accepte
ainsi de livrer l’un de ses ressortissants à une
nation étrangère, ce
qui équivaut à une extradition
illégale qui ne dit pas son
nom.
Bahar Kimyongür a, lui, tenté de
savoir si la demande d’extradition
farfelue pesant sur lui avait été levée
depuis le jugement rendu aux Pays-Bas.
Au bureau d’Interpol, on lui
a signifié qu’on ne «communiquait
pas avec les civils». Il ne peut
donc quitter le territoire sans prendre
le risque d’être arrêté. |