Un
jugement inique
Bahar Kimyongür, citoyen belge
et ancien porte-parole du Bureau d’information
du DHKC à Bruxelles, inculpé avec
plusieurs autres prévenus dans « l’affaire
Erdal », a été condamné ce
7 novembre à 5 ans de prison ferme
par la Cour d’Appel de Gand, pour
appartenance à une organisation qualifiée
de « criminelle et terroriste ».
Le DHKP-C est une organisation politique turque radicalement opposée au
régime d’Ankara. Dans ce contexte et en parallèle à de
multiples activités à portée sociale en faveur de populations
fragilisées du pays, il est amené parfois à commettre, en
Turquie uniquement, des actions ciblées de résistance armée
pour protéger ces mêmes populations de l’oppression violente
qu’exerce contre elles l’Etat turc. A l’évidence, aucune
de ces actions n’est imputable, ni de près ni de loin, à Bahar
Kimyongür.
Le travail de Bahar Kimyongür
au sein du Bureau d’information consistait
essentiellement à dénoncer
en Belgique les violations des droits humains
dont sont notoirement coupables les autorités
turques à l’encontre de leurs
opposants politiques. Bahar Kimyongür
n’étant lui-même coupable
d’aucun fait criminel, les charges
et accusations retenues contre lui ont
manifestement été dopées
afin de justifier la sévérité du
verdict.
Des
conditions d’incarcération
inhumaines
Les conditions de l'incarcération
de Bahar Kimyongür après le
prononcé de la sentence sont révoltantes.
Entièrement déshabillé puis
rhabillé déjà au Tribunal,
il fut conduit bandé et menotté aux
poignets et aux chevilles à la prison
de Gand où, par “manque de
place”, fut placé dans un
cachot si puant que l'air était
irrespirable. C'est là qu'il passera
se première nuit en prison. Durant
le transfert dans un combi, les
policiers l'avaient soumis à l'écoute
obligée d'une musique folle, à un
volume assourdissant. C'est seulement le
lendemain vers midi qu'il sera transféré vers
une cellule. Aujourd'hui, Bahar Kimyongür
est soumis à un régime d'isolement
de 23 sur 24 heures (si visite d'une heure,
derrière une vitre), avec un seul
repas par jour. Incarcéré à Gand,
il est en attente de son transfert à la
prison de Bruges où sont détenus
dans le cadre de cette affaire, depuis
le 28 février dernier, Musa Asoglu,
Sukriye Akar et Kaya Saz, respectivement
condamnés tout aussi injustement
que Bahar Kimyongür à 7, 4
et 4 ans d’emprisonnement.
Depuis le début de leur
incarcération à Bruges il
y aura bientôt neuf mois, Musa Asoglu,
Sukriye Akar et Kaya Saz sont soumis à un
régime d’isolement et à des
conditions de détention « exceptionnelles » telles
que fouilles anales systématiques
et privation sensorielle. Ainsi par exemple,
une lumière aveuglante de 80 watts
reste allumée la nuit en permanence
juste au-dessus de leur tête, les
empêchant de dormir et provoquant
des troubles du sommeil susceptibles d’entraîner
une série de dérèglements
physiques et psychiques tels que spasmophilie,
claustrophobie, voire folie… Ces
détenus, qualifiés de « dangereux »,
sont totalement isolés des autres
détenus. Ils ne participent à aucune
activité de la prison. Ils restent
confinés dans leur cellule 23 heures
sur 24 et n’en sortent que pour se
rendre au préau de manière
individuelle. Toutes les 30 minutes, ils
sont soumis à un contrôle
dans leur cellule.
Les contacts avec l’extérieur
sont quasiment réduits à néant
puisque seules les visites des avocats
sont admises sans contraintes et que les
appels téléphoniques sont
limités. En outre, la confidentialité des
entretiens avec les avocats n’est
pas toujours assurée puisqu’ils
se déroulent parfois avec une présence
extérieure. Les seules autres visites
qui leur sont autorisées sont, dans
certains cas, celles d’un cercle
familial défini de manière
très restrictive. Même les
gardiens sont surpris par la dureté des
conditions de détention qui visent
ces trois détenus…Pendant
le procès en appel, lors de chaque
transfert entre la prison de Bruges et
le Palais de Justice de Gand, Musa Asoglu,
Sukriye Akar et Kaya Saz se virent affubler
d’un gilet pare-balles d’un
poids de 10,5 kg. Doublement menottés,
ils portaient aux poignets une paire de
menottes classiques, une seconde paire étant
fixée à la ceinture de leur
camisole de force. Ils étaient en
outre contraints de porter des menottes
aux pieds ainsi qu’un bandeau sur
les yeux. A l’occasion de chaque
comparution, ils étaient déshabillés
et mis à nu par trois fois. Il leur était également
interdit de porter leurs propres sous-vêtements,
chaussettes et chaussures. C’est
du reste en raison de ces pratiques humiliantes
que Musa Asoglu et Sukriye Akar refusèrent
de se présenter devant le tribunal
de Gand le 7 novembre dernier.
Totale
illégalité
Ce régime carcéral inhumain
semble être le fait de la ministre
de la Justice, laquelle, malgré quatre
requêtes des avocats en extrême
urgence, renouvelle inmanquablement ses
directives auprès de l’administration
pénitentiaire afin que ces mesures
de coercition soient maintenues, voire
renforcées. Il faut souligner que
ces méthodes sont contraires aux
libertés et droits fondamentaux
reconnus par la Convention européenne
pour la prévention de la torture
et des peines ou traitements inhumains
ou dégradants et qu’à ce
titre, le CPT, Comité du même
nom, chargé du contrôle du
respect de la Convention, a déjà tancé la
Belgique pour l’absence de bases
légales en la matière. Les
autorités pénitentiaires
agissent donc dans une totale illégalité -
ce que les juridictions belges ont également
rappelé à quatre reprises,
réclamant la suspension de toute
mesure visant ou ayant comme effet de perturber
le sommeil.
Grève
de la faim
Notre concitoyen Bahar Kimyongür est
en passe de devenir également victime
de ces traitements inacceptables. Le Néerlandais
Musa Asoglu et l’Allemande Sukriye
Akar, quant à eux, sont en grève
de la faim depuis le 30 octobre dernier
pour protester contre leurs conditions
de détention à la prison
de Bruges.
Le Clea soutient ces prisonniers politiques
et, saluant leur courage, en appelle à tous
les démocrates humanistes de Belgique
et d’ailleurs pour dénoncer
avec force ces atteintes aux droits fondamentaux
garantis par la Constitution belge, ainsi
que le mépris flagrant, dans le
chef de madame Onkelinx en particulier,
de l’autorité de la chose
jugée!
Non à l’isolement
des prisonniers, à la lumière
aveuglante, aux fouilles anales et contrôles
incessants! Refusons les traitements
inhumains et dégardants et leur
banalisation dans nos prisons! Mobilisons-nous
tous pour un système carcéral
belge à la hauteur d’un
Etat respectueux des droits humains!
Action
surprise devant le domicile de Madame
Onkelinx
Le
Clea et les familles des prisonniers
politiques ont organisé une
action-surprise le vendredi 17 novembre
2006 devant le “domicile” de
la Ministre Onkelinx à Schaerbeek. Ils
entendaient dénoncer ainsi
les conditions de détention
inhumaines et dégradantes
infligées aux condamnés
du procès DHKC.
Une lumière aveuglante
fut projetée vers la maison
de Madame Onkelink
“pour qu'elle comprenne ce qui doivent
subir, suite à ses instructions, les
prisonniers politiques. Étaient présentes,
la famille de Bahar Kimyongür, de même
que les familles de Musa Asoglu et Kaya Saz,
qui s'étaient déplacés
d’Allemagne et des Pays-Bas. Plus de
150 personnes ont répondu
à l'appel. Mais le combat ne fait
que commencer et sera de longue halaine.
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