
Mon époux, Bahar
Kimyongür,
vient d’être condamné par
un tribunal belge à cinq ans
d’emprisonnement
alors qu’il n’a commis
aucun délit, aucun acte violent.
La condamnation de mon mari signifie
qu’exprimer un point de vue contestataire
est passible, aujourd’hui, de
plusieurs années de prison.
C’est inadmissible !
Il est devenu si
facile dans ce pays de se faire taxer
de terroriste par la justice et de
se retrouver derrière
les barreaux ! C’est ce
qui est arrivé à mon
mari.
Pourtant, il n’avait fait que
s’ériger contre la torture
et l’injustice. Le 7 novembre
dernier, la Cour d’appel de Gand
a d’ailleurs purement et simplement
criminalisé son engagement humanitaire
sous prétexte qu’il rendait
service à une organisation marxiste
turque, le DHKP-C. Pendant six ans,
mon mari a parcouru le monde pour tenter
de sensibiliser des personnalités
issues du monde politique, scientifique,
associatif ou artistique sur le sort
tragique des opposants turcs en grève
de la faim. Son unique but fut de les
sauver d’une mort certaine. Le
malheur pour mon mari est que la quasi
totalité de ces prisonniers
résistants faisaient partie
de la mouvance de DHKP-C.
Aux yeux de la justice
belge, prendre leur défense équivaut
désormais à « assumer
un rôle dirigeant dans l’organisation ».
Mon mari n’a jamais renié ses
sympathies pour le DHKP-C mais son
maquis à lui, c’étaient
les parlements : le parlement
européen, les parlements belge,
italien, grec…
Ses armes à lui,
c’étaient
son clavier, son stylo et sa voix.
En janvier 2002, lui et moi avions
rencontré Javier Solana pour
l’appeler à intervenir
dans le conflit des prisons turques.
La même année, il remit
les signatures de 155 000 citoyens
turcs et européens exigeant
l’arrêt des mauvais traitements
dans les prisons, à la présidence
du parlement européen. Bahar
est un militant chevronné toujours à l’affût
d’une occasion pour défendre
la cause des prisonniers politiques
turcs. Il est ainsi intervenu dans
des conférences dans le cadre
des Forums sociaux européens à Florence, à Paris
et à Londres et lors de meetings
internationaux organisés à Alger
(2001), à Beyrouth (2002), au
Caire et à Caracas (2005).
En avril 2005, il
organisa une tournée
européenne de poètes
américains en hommage aux prisonniers
politiques turcs.
Aucune souffrance
humaine ne le laissait ni laisse
indifférent :
ainsi, en janvier 2003, soit quelques
semaines avant l’invasion américaine,
il s’était rendu en Irak
pour exprimer son opposition à l’occupation
de ce pays. Il avait même co-organisé une
manifestation à Bagdad devant
la représentation des Nations-Unies,
aux côtés de délégations
pacifistes et anti-impérialistes
venues d’Espagne, d’Autriche,
des Etats-Unis et d’Italie.
A Bruxelles, il organisa
plusieurs dizaines de manifestations
devant l’ambassade
US, pour protester contre l’occupation
de l’Afghanistan ou de l’Irak.
Et l’été dernier,
il marchait au côté du
peuple libanais victime des bombardements
israéliens.
Peu après que nous avons fait
connaissance, le premier endroit qu’il
me fit visiter fut le fort de Breendonk,
parce qu’il ressent le martyre
du peuple juif dans le plus profond
de sa chair et parce que la fraternité,
c’est sa religion. Le 19 janvier
dernier, à la prison de Gand,
lorsque le journaliste arménien
Hrant Dink a été assassiné,
il s’est, lui aussi senti arménien.
Signez l’appel réclamant
la liberté pour Bahar,
diffusez ce mail à toutes
vos connaissances car ce sont les
libertés d’expression
et d’association qui sont menacées.
Avec un peu d’avance, Bahar,
c’est nous tous… Agissons
pour le principe, avant qu’il
ne soit vraiment trop tard.
En juillet 2006,
malgré les
pressions de l’Etat turc et le
jeu trouble de la Belgique qui ont
valu 68 jours d’incarcération à mon époux,
un tribunal néerlandais a considéré l’action
militante de Bahar parfaitement légale.
Pour éviter l’extradition
de Bahar, citoyen belge, vers le pays
d’origine de ses parents où il
risquait au moins 15 ans de prison
et la torture (puisqu’il consacre
tout son temps à dénoncer
les violations des droits de l’Homme
commises par le régime d’Ankara
et en particulier les cas de torture
dans les geôles turques), nous
avons déjà sollicité avec
le Comité pour la liberté d’expression
et d’association (le Clea) votre
soutien. En quelques semaines, nous
avons récolté plus de
7000 signatures en faveur de Bahar.
Aujourd’hui, nous nous permettons à nouveau
de faire appel à votre sens
de la justice. Un simple clic sur le
site www.leclea.be peut
contribuer à sauver mon mari.
Nous n’accepterons jamais sa
condamnation car elle signifie que
les tribunaux belges sacrifient l’avenir
d’un homme en se soumettant aux
intérêts des autorités
turques et américaines, qu’ils
bafouent les libertés inscrites
dans la Constitution et les traités
internationaux, qu’ils musèlent
une voix contestataire.
Exiger la liberté pour Bahar,
c’est participer au large mouvement
d’opinion rappelant que s’exprimer,
s’organiser, contester…,
ce n’est pas du terrorisme !
Merci de tout cœur
pour votre soutien,
Deniz Demirkapi
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