Sur
la photo, des
métallurgistes
de la ABVV (FGTB flamande) placent
une Golf en chantier
à côté du
portrait géant de Bahar
Kimyongür devant La
Bourse de Bruxelles le 2 décembre.
Photo: Antonio Gomez García
Prison
de Gand, le 29 novembre 2006
Chers camarades, chers amis,
Dans les codes juridiques
européens,
on nous apprend que l’infraction
terroriste désigne “toute
action violente qui vise à intimider
un groupe de personnes et qui porte
atteinte au fonctionnement d’une
institution nationale ou internationale”.
Cette définition est bien entendu
discutable; cependant elle correspond
bien à ce qui se déroule à Volkswagen
Forest.
En effet, lorsque j’ai appris
la nouvelle des licenciements massifs à Volkswagen
Forest, qui condamne le site industriel à une
fermeture plus que probable et que,
depuis ma cellule, j’ai croisé le
regard assombri des ouvriers et de
leurs familles, je n’ai pas trouvé d’autre
mot que “terroriste” pour
qualifier les agissements des bandits
de la direction du groupe automobile.
Il n’y a eu ni détonation,
ni morts, mais l’annonce de la
fermeture a eu un impact effroyable,
foudroyant, sur toute une population
traumatisée et toujours plus
menacée par le chômage
et la précarité.
Devant VW, nous sommes
témoins
du spectacle accablant de papas couverts
de la honte de ne pouvoir satisfaire
les besoins de leurs enfants, de familles
dévastées par l’angoisse
des lendemains incertains, d’ouvriers
dévorés par des sentiments
d’incompréhension et de
dégoût d’avoir été mis
sur le carreau aprés de
longues années de loyaux services
et de sacrifices.
A ce bilan, il faut
aussi ajouter le perte pour ces ouvriers
d’un
environnement social, de relations
de camaraderie qui contribuaient à dissiper
quelque peu la grisaille d’une
existence soumise à une chaîne
de production.
Il n’y a eu ni détonation,
ni morts mais la désolation
d’un champ industriel abandonné rappelle-t-il
pas le sinistre paysage des villes
fantôme ravagées par la
guerre? En realité, lorsqu’une
entreprise ferme, le patronat en ouvre
une autre, qui produit de la misère,
du désespoir, de l’insécurité et
de la répression.
Le métallo belge a beau être
le plus performant et le plus rapide
de tous les travailleurs du groupe
automobile dans l’assemblage
de la Golf, rien n’arrête
la voracité des multinationales
toujours plus en guerre pour des coûts
de production au rabais, dans un monde
ou tous les travailleurs sont mis en
concurrence directe.
Rien n’arrête cette voracité et
certainement pas les vœux pieux
d’autorités politiques
entièrement acquises au dogme
libéral et acquises aux exigences
de ces multinationales.
Le terrorisme social
se manifeste sous nos yeux et nous
montre une fois de plus qui sont
les véritables
décideurs dans l’empire
du profit. Il confirme la justesse
de l’idée que les marxistes
ont toujours défendu: celle
de la création d’un modèle
social équitable et rationnel
basé non plus sur la dictature
d’une poignée de nantis
mais sur les besoins de la multitude.
Nous devrons hélàs encore
subir de nombreuses fermetures et livrer
de nombreuses batailles avant de parvenir à ériger
un système viable pour l’ensemble
des travailleurs. Quoiqu’il en
soit, le débat concernant le
choix de société doit
rester une priorité pour tous
les mouvements sociaux. Il en va de
la survie de l’espèce
humaine, plus que jamais menacée
par les conséquences militaires
des guerres économiques qui
opposent les multinationales. Le choix
d’une autre société encourage
aussi notre détermination à défendre
nos acquis actuels.
En effet, ce débat révèle
que le capitalisme a ses limites et
que ses limites, c’est nous.
L’heure est donc à la
résistance pour arracher des
griffes de la direction de VW tout
ce qui peut être sauvé:
au mieux, l’outil et l’emploi,
au pire les indemnités et les
primes, en tout cas la dignité.
Du fond de ma cellule,
je partage la douleur des travailleurs
et regrette amèrement de ne pas être à leurs
côtés pour leur apporter
mon modeste soutien.
Je salue avec ardeur
leur difficile combat et m’engage ce samedi
2 décembre à arpenter
ma cellule pour accompagner leur manifestation
nationale.
Vive la classe ouvrière!
Vive la justice sociale! A bas le
capital!
Bahar Kimyongür