Prison
de Gand, le 8 décembre 2006
Durant ma courte et modeste
vie politique, j’ai toujours été frappé par
les similitudes qui existent entre
les inconditionnels de l’Etat
turc et ceux de l’Etat d’Israël.
Malgré leurs différences
notoires d’ordre historique,
social, culturel et religieux, que
je ne développerai pas ici,
je constate que les uns comme les autres
vouent un véritable culte envers
leur armée, leur police, leur
drapeau et tout autre symbole de puissance
et de domination de leur nation.
Les uns comme les
autres justifient les pires crimes
contre l’humanité au
nom de la raison d’Etat, du droit à la
sécurité et de la lutte
contre le terrorisme.
Cette loyauté pavlovienne
qui les habite les amène à considérer
la moindre critique envers l’Etat
comme une “trahison à la
patrie”. La différence
est que pour les uns, cette trahison
est un acte “turcophobe”,
pour les autres un acte “antisémite”.
Ni plus ni moins. Pour les uns, l’ennemi
est Kurde, Arménien ou Alevi.
Pour les autres, il est Palestinien,
Arabe ou Musulman. Les uns se remmémorent
avec nostalgie la grandeur de l’Empire
ottoman. Les autres rêvent de
repousser leurs frontières de
l’Euphrate au Nil. Les uns se
regroupent au sein de l’organisation
fasciste des Loups Gris ou du moins
adhèrent au discours de ce mouvement
panturquiste, les autres se proclament
du sionisme pur jus.
Mon diagnostic de
ces deux doctrines arrogantes, fanatiques
et destructrices peut paraître anodin, superflu
voire selon certains carrément
malintentionné. Seulement voilà, à mon
grand regret pour ces derniers, ces
doctrines non seulement se ressemblent
mais en plus elles s’assemblent.
Ce n’est aujourd’hui un
secret pour personne que l’Etat
d’Israël s’est acoquiné avec
des dictatures racistes et coloniales
parfois directement inspirées
du fascisme hitlérien comme
par exemple, le régime d’Apartheid
en Afrique du Sud. En revanche, le
grand public ignore que l’Etat
sioniste fait tout aussi bon ménage
avec le fascisme panturc et ce, depuis
bien longtemps.
On vient en effet
de retrouver dans les archives de
l’ex-premier
ministre turc Bulent Ecevit décédé le
5 novembre dernier, un rapport émanant
des services secrets turcs daté du
6 août 1980 qui attesterait d’un
soutien actif apporté par l’Etat
sioniste au Parti d’action nationaliste,
le MHP, du colonel Alparslan Turkes
ainsi qu’à sa milice:
les Loups Gris. (Source : Tempo 16
novembre 2006).
D’après ce rapport, Israël
aurait versé annuellement trois
millions de dollars au MHP et entraîné de
commandos de Loups Gris dans des camps
secrets en territoire israélien.
A la même époque, les
Loups Gris “purifiaient” la “race” turque
en massacrant des journalistes, des
syndicalistes, des étudiants
et des professeurs, démocrates
ou communistes, des Alévis,
des Kurdes et des Arméniens.
Fascinés par le projet nazi,
ces Loups Gris défendaient les
thèses les plus écœurantes
sur le soi-disant “complot juif
mondial”, ce qui manifestement,
n’a pas fort gêné le
Mossad et Cie. La découverte
de ce rapport n’est sans doute
pas un scoop pour les démocrates
et les progressistes turcs car déjà à l’époque,
ils avaient eu vent de cette alliance
infâme.
Plus tard, le 3 novembre1996,
la rumeur va gagner en crédibilité suite à un
accident routier survenu aux abords
de la petite ville de Susurluk en Anatolie
de l’ouest. Dans la carcasse
d’une mercedes blindée
qui avait percuté un camion
de plein fouet, on découvrit
les corps d’Abdullah Catli, un
truand membre des Loups Gris recherché par
Interpol pour trafic de drogue et meurtre,
de sa maîtresse et plus surprenant,
d’un chef de police ayant servi
dans les forces spéciales ainsi
qu’un député de
droite (le seul survivant du véhicule)
possédant une milice privée
forte de 10.000 hommes qui collabore
avec l’Etat turc dans la sale
guerre contre la rébellion kurde.
Suite à ce scandale qui mit
au grand jour une relation incestueuse
entre les forces de sécurité,
la maffia d’etrême droite
et le monde politique de laquelle naquit
un réseau de contre-guérilla
impliquant les plus hautes sphères
de l’Etat, une commission d’enquête
parlementaire d’Israël qui
aurait servi à équiper
les escadrons de la mort turcs recrutés
parmi les Loups Gris afin qu’ils
exécutent des opposants politiques
sans risquer d’éclabousser
les forces gouvernementales, ces armes étant
le fascisme panturc et le sionisme
est manifestement à rechercher
dans leur haine commune de la gauche
dont les valeurs d’égalité,
de justice et de fraternité menaçaient
les projets panturquistes et sionistes.
De surcroît, la gauche turque était
acquise à la cause palestinienne.
De nombreux révolutionnaires
turcs avaient fait leurs armes dans
les camps de l’OLP dès
la fin des années 60. En 1971
le leader historique du DHKP-C Mahir
Cayan fit abattre Efraim Elrom, consul
d’Israël à Ankara
suite à une demande d’échange
contre des détenus révolutionnaires
turcs qui échoua.
Au lendemain du coup
d’État
militaire du 12 septembre 1980 des
milliers de révolutionnaires
turcs et kurdes se replièrent
sur la Palestine et le Liban. Plusieurs
dizaines de ces militants furent tués
lors des bombardements israéliens
sur Beyrouth ou au cours d’affrontements
terrestres.
Ces événements montrent
que les raisons du mariage entre le
sionisme et le panturquisme sont tant
d’ordre idéologique (anti-communisme
farouche) que stratégique, au
vu de la menace que les militants turcs,
kurdes et palestiniens faisaient peser
sur les gouvernements d’Ankara
et de Tel-Aviv.
Quels qu’en soient les raisons,
ce dressage de loups sur le Sion n’est
pas très... élégant.
Surtout pour une idéologie qui
se nourrit du martyre d’un peuple
victime du nazisme pour se tailler
une respectabilité et permettre
de justifier les actes barbares qui
s’en inspirent.
Non, le peuple juif
ne mérite
pas d’être sali par le sionisme
de même que le peuple turc ne mérite
pas d’être sali par le panturquisme.
Bahar Kimyongür