Bonjour à toutes
et à tous,
Je
suis Didier Brissa. En 2001,
j'ai fait l'objet, ainsi que
le deux autres porte-paroles
du collectif S22versD14, Arnaud
Leblanc et Raoul Hedebouw, de
mesures de surveillance dans
le cadre des méthodes
particulières d'enquête
prévues dans la loi sur
les organisations criminelles
et les maffias.
Mes deux «complices» et
moi-même étions-nous
ou avions-nous un «passé criminel» ? |
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Arnaud Leblanc et Didier Brissa |
Etions-nous identifiés comme
les membres d'une Maffia ? Non,
certainement pas, nous étions
simplement les porte-paroles publics
d'un collectif liégeois constitué afin
d'organiser l'une des manifestations
contre la construction d'une Europe
néolibérale, à l'occasion
de la présidence belge de l'Union.
Ce
collectif était-il secret
? Représentait-il une menace
criminelle ? Agissait-il en dehors
du cadre de la loi ? Non et encore
non. Nos réunions étaient
publiques et la police n'a d'ailleurs
pas eu à enquêter pour
trouver nos n° de téléphones
- ils figuraient sur nos tracts. Nous
avons rencontré à plusieurs
reprises la police et les autorités
communales pour l'organisation de notre
manifestation, pour laquelle nous avions
d'ailleurs sollicité et reçu
l'autorisation du bourgmestre.
Cela
n'a pourtant pas empêché les
autorités policières
de monter un dossier nous présentant
comme des criminels afin d'obtenir
l'autorisation de mener à notre
encontre des méthodes particulières
d'enquête : à savoir mise
sur écoute de nos téléphones
et de nos correspondants ; retranscriptions
de nos sms, et sans doute aussi peut-être
lecture de nos-e-mails, perquisitions
secrètes de nos domiciles, filatures,
etc. (pourquoi dis-je « sans
doute », parce qu'en effet, notre
dossier comporte des « blancs » et
que la loi sur les méthodes
particulières d'enquête
autorise le parquet à ne pas
fournir à la défense,
ni même aux juges, l'entièreté du
dossier d'enquête - et dans le
cas présent de ne pas nous fournir
encore plus de preuve des multiples
viols de notre droit à la vie
privée)...
Tout
cela nous n'avons commencé à le
découvrir que 2 ans plus tard
en 2003 lorsque nous avons été convoqué devant
la chambre des mise en accusation du
chef d'avoir fait partie d'une organisation
criminelle... le dossier étant
totalement vide, nous obtiendrons rapidement
un « non-lieu »... ce qui
n'empêchera pas le parquet d'interjeter
appel et donc de nous retrouver en
cours d'appel à nouveau trois
ans plus tard en 2006. Le parquet n'apportant
pas une ligne de plus et le tribunal
confirmant le caractère gravement
attentatoire aux libertés des
mesures utilisées contre nous,
nous avons donc décidé de
contre-attaquer. On peut s'interroger
sur le pourquoi d'un tel appel, sans
aucun apport de contenu supplémentaire
? Les multiples contacts que nous avons
eu suite à cela avec des juristes,
des journalistes judiciaires et autres
spécialistes, nous conduisent à penser
que la seule motivation possible est
que la dureté vis-à-vis
du parquet dans le jugement en notre
faveur crée une sorte de jurisprudence
qui fait obstacle à la réutilisation
de telles mesures proactives à l'encontre
d'autres groupes ou collectifs. C'est
cet élément qui nous
a décidé quant à la
nécessité d'approfondir
la jurisprudence à travers notre
cas. Nous venons de déposer
plainte contre l'état belge
pour violation de la vie privée.
Nous
nous reconnaissons pleinement dans
les affaires qui ont touché ces
derniers mois Bahar Kimyongür
ou Greenpeace. Elles participent, selon
nous, à une droitisation des
politiques sécuritaires et à une
criminalisation croissante de mouvements
sociaux quand, d'une façon ou
d'une autre, ils remettent en cause
la pensée unique.
Les
Lumières et la révolution
française, rompant avec le féodalisme,
avaient introduit en droit la notion
que les accusés étaient
innocents jusqu'à la preuve
du contraire. Les politiques régressistes
en matière de droits et libertés
consacrent aujourd'hui une société où tous
les citoyens sont potentiellement des
coupables, non pas en commettant des
crimes et délits, mais simplement
en s'autorisant à penser autrement.
Une société où plus
personne, jamais ne sera innocent...
Il
est donc temps d'agir maintenant,
ensemble et solidairement, quelque
soit la nature de nos luttes ! N'hésitez
pas à visiter notre site internet : http://www.missurecoute.be/ |