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Pour
qu'un avocat en arrive à mettre
fin à ses jours pour des raisons
liées à l'exercice de
sa profession, il faut sans doute qu'il
soit arrivé à la conviction
que son combat est sans espoir, que
la justice pour laquelle il s'est battu
est impossible, que plus rien ne peut
être attendu de juste des autorités
de son pays. Mais, s'il offre en même
temps son geste à ceux dont la
défense des droits humains a
été sa cause, il faut
aussi qu'il n'ait pas perdu sa confiance
en l'être humain. Et c'est le
cas
Son nom est Behiç Asçi.
Vous l'aurez sans doute deviné,
cet avocat est Turc et ce qu'il entend
dénoncer par son acte désespéré,
c'est le sort réservé
par les autorités de son pays
à ses clients, des centaines
de prisonniers politiques soumis à
une répression douce et brutale
à la fois.
Behiç Asçi est un homme
de droit généreux et d'un
grand humanisme. Il est urgent d'agir
en vue de sauver sa vie ! Des milliers
de prisonniers politiques qui périssent
dans les prisons de Turquie ont besoin
de lui.
Au nom du droit à la vie et
du respect de la dignité humaine,
j'appelle tous les démocrates
belges et européens à
se rendre en Turquie mieux encore,
à constituer une délégation
internationale afin de contribuer
activement à la résolution
du conflit dans les prisons, avant qu'il
ne soit trop tard pour Maître
Behiç Asçi, c'est-à-dire
avant que le compteur macabre n'indique
le chiffre 123.
Bahar
Kimyongür
Pour
toute information veuillez me contacter
au : + 32 486 846 170 ; ou par email
à <bahar_kimyongur@yahoo.fr>
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Il
est bien triste qu'un pays bâtisse sa
réputation sur le bilan macabre de
ses prisons. Force est de constater que, pas
une seule fois dans son histoire la république
de Turquie n'a failli à cette règle.
On a tous sans
doute entendu parler de l'illustre poète
communiste Nazim Hikmet, qui passa 13 années
de sa vie en prison en raison de ses écrits
considérés comme "subversifs".
Plus tard, les
coups d'État perpétrés
en 1960 mais surtout en 1971 et 1980, contribueront
à faire exploser le nombre de détenus
politiques. Aujourd'hui, malgré toutes
les réformes entreprises par le gouvernement
actuel dans la perspective de l'entrée
de la Turquie dans l'Union européenne,
le nombre de détenus pour des raisons
politiques, se compte encore et toujours par
milliers.
Ces prisonniers
étaient naguère parqués
dans de grandes chambrées peu confortables
soumises aux assauts répétés
de l'armée. Malgré leur insalubrité,
ces dortoirs permettaient néanmoins
aux détenus de développer des
liens solidaires et affectifs, de s'accompagner
dans la détresse, de se protéger
en cas de raids militaires et même d'être
représentés dans les négociations
avec les autorités pénitentiaires.
Jusqu'au jour où l'État décida
de mettre fin à la vie collective en
milieu carcéral, en instaurant un régime
généralisé d'isolement,
pour "reconquérir les prisons"
prétendument "tombées aux
mains des organisations terroristes"
et "s'adapter aux normes européennes".
Contre ce projet
de mise à isolement, les prisonniers
politiques déclenchèrent une
grève de la faim générale
en la date du 20 octobre 2000. Leurs craintes
se fondaient sur deux dangers : celui
de souffrir de désocialisation et de
dépersonnalisation par privation sensorielle
(torture blanche) mais aussi d'être
à la merci des matons.
Cependant, deux
mois après le début de leur
mouvement de protestation et contre toute
attente de l'opinion publique peu à
peu gagnée à la cause légitime
des détenus, le 19 décembre
2000 très exactement, pas moins de
10.000 soldats assiégèrent 21
prisons pour déloger les détenus
et les déporter vers les nouvelles
prisons de haute sécurité, dites
"de type F" qui à l'époque
étaient encore en chantier.
L'opération
militaire synchronisée du 19 décembre
baptisée cyniquement "Retour à
la vie" se solda par l'assassinat atroce
de 28 détenus dont 6 femmes brûlées
vives dans la seule prison de Bayrampasa.
Sans compter les plus de 1000 blessés,
notamment par viol à la matraque, femmes
et hommes confondus.
Suite à
ce massacre, le nombre de grévistes
de la faim qui poursuivirent leur "jeûne
jusqu'à la mort" se multiplia
malgré leur confinement, notamment
pour démentir les allégations
des autorités selon lesquelles les
détenus étaient contraints par
leurs camarades d'observer le jeûne.
Le nombre de victimes
a atteint un bilan effroyable : après
6 ans de jeûne, 122 détenus et
leurs proches ont perdu la vie tandis que
plus de 600 grévistes de la faim ont
contracté le syndrome irréversible
de Wernicke-Korsakoff du fait d'avoir été
nourris voire médicalisés de
force sur ordre du ministre turc de la santé,
après un jeun prolongé. Cet
état résulte en effet d'une
carence aiguë en thiamine (vitamine B1)
provoquée par le jeûne prolongé ;
comme la thiamine participe au métabolisme
du glucose (sucre), toute activité
demandant la métabolisation du glucose
sans fournir de thiamine (comme le fait d'être
obligé à s'alimenter brusquement
après un jeûne prolongé)
peut entraîner un syndrome de Wernicke-Korsakoff
(1).
Plutôt que
d'apporter une solution au conflit, l'Etat
turc a tantôt opté pour la répression
et le châtiment à l'encontre
de toute forme de solidarité avec les
détenus grévistes, tantôt
essayé de l'ignorer en imposant le
black-out et la censure.
Par exemple, à
partir du 1er juin 2005, date de la ratification
du nouveau code pénal, l'État
pouvait désormais poursuivre et condamner
les journalistes évoquant l'hécatombe
des détenus et ce, de trois à
huit ans de prison, en vertu de l'article
84 dudit code, sous prétexte "d'incitation
publique au suicide" et, en vertu de
l'article 298, pour "incitation à
la grève de la faim par la publication
d'informations sur les prisons."
Entre-temps, les
mauvais traitements se poursuivaient loin
des regards indiscrets et ce, sans épargner
les prisonniers de droit commun. Ainsi, comme
le dénonce l'avocat Behiç Asçi
: 13 détenus de droit commun de la
prison de type F de Kiriklar à Izmir
ont été attachés en "nud
de porc" (bras attachés aux jambes
dans le dos). Tous les détenus soumis
à un isolement de longue durée
souffrent aujourd'hui, à des degrés
divers, de troubles hallucinatoires, d'acouphènes,
de desquamation, de chute de cheveux, de troubles
de la vue, de dyslexie, de paranoïa voire
de tendances suicidaires.
Par ailleurs,
en prison de type F, l'accès aux journaux
et le droit de visite sont arbitrairement
limités voire interdits.
La situation en
prisons de type F est telle que les prisonniers
politiques continuent leur action de grève
de la faim jusqu'au-boutiste, paradoxalement
par instinct de survie, face au danger de
dépérissement physique, intellectuel
et affectif qu'ils encourent.
Mais que demandent-ils
au juste ?
Dans un entretien qu'il a accordé à
la revue mensuelle "Yeni Harman"
du mois de septembre (n° 98, pp. 10-12),
l'avocat Behiç Asçi précise :
«Mes clients ne demandent pas le
retour au système des dortoirs; juste
à pouvoir entendre la voix d'autres
êtres humains».
Et lorsque le
journaliste lui demande sous quelles conditions
il serait prêt à arrêter
sa grève de la faim, il répond
ceci :
«Nous
n'avons aucune limite minimale. Le ministre
de la justice déclarait de manière
démagogique que les détenus
en demandent trop. Nous lui avons répondu
que nous n'avons pas de revendication achevée
et définitive. Si le ministre accepte
le rassemblement de 5 ou 6 détenus
(par cellule), nous serions prêts à
réfléchir à la proposition.
«Nous avons considérablement
réduit nos doléances. Nous sommes
prêts à accepter que les détenus
ne se rencontrent que durant la journée.
«(
) Pour mes clients et moi-même,
il y a deux points essentiels : que le
ministre reconnaisse que le régime
d'isolement constitue un problème et
qu'il propose une formule à négocier.»
Un seul pas de
la part du gouvernement suffirait à
faire cesser l'hécatombe !
Même les
bâtonniers des plus grands barreaux
du pays soutiennent Maître Asçi,
dénoncent l'isolement carcéral
en tant que traitement inhumain et appellent
le ministre de la justice à respecter
la vie et la dignité des détenus.
Ils sont eux-mêmes relayés par
des centaines de médecins, de professeurs,
de romanciers, de comédiens, de syndicalistes,
de musiciens et de poètes
Est-ce par conséquent
trop demander que de rendre les prisons de
type F plus humaines et plus vivables ?
Est-ce si excessif
que de demander le respect du droit à
la vie pour Behiç Asçi et les
prisonniers qu'il défend en homme de
droit, avec courage et abnégation ?
Combien de morts
faudra-t-il encore avant que l'État
turc n'apprenne la langue du compromis, de
la justice, de la démocratie, des droits
de l'Homme ?
Action urgente
Avant que l'Etat turc ne commette
un énième crime irréparable,
la communauté internationale a le devoir
d'agir de manière urgente.
Maître Behiç
Asçi ainsi que ses collègues
et amis attendent des instances humanitaires
internationales une intervention auprès
des autorités turques les enjoignant
à entamer un dialogue avec les prisonniers
politiques par le biais d'organismes indépendants
ou de personnalités du monde politique,
académique ou littéraire.
Au nom du droit
à la vie et du respect de la dignité
humaine, je convie tous les démocrates
belges et européens à se rendre
en Turquie mieux encore, à constituer
une délégation internationale
afin de contribuer activement à la
résolution du conflit dans les prisons
avant qu'il ne soit trop tard pour Maître
Behiç Asçi, c'est-à-dire,
avant que le compteur macabre n'indique le
chiffre 123.
Bahar Kimyongür
Bruxelles, Octobre 2006
Pour toute information supplémentaire,
veuillez me contacter au :
00 32 486 846 170 ; email: <bahar_kimyongur@yahoo.fr>
Ou contactez directement l'avocat Behiç
Asçi.
ADRESSE: Sisli Abide-i Hürriyet Cad.
No: 133-135 Pay Apt. Sisli-Istanbul
email: <avukatbehic@gmail.com>
Tel: +90 212 343 46 33
Note
(1)
C'est par ailleurs la raison pour laquelle
l'alimentation forcée d'un gréviste
de la faim est interdite par les Déclarations
de Tokyo
et de Malte
de l'assemblée médicale mondiale.