Bruxelles,
BeursKaffee, 27 juin 2007 [Lire]
Cela fait 36 ans, c’est-à-dire
depuis le coup d’état
militaire du 12 mars 1971, que la Belgique
accueille des exilés politiques
turcs.
Ces exilés ont tous été plus
ou moins liés aux courants politiques
radicaux, soit aux mouvements de guérilla
marxiste, soit aux organisations patriotiques
kurdes qui étaient et qui restent
les deux principales forces de résistance à la
dictature militaire en Turquie.
C’est en qualité de membres,
de militants ou de sympathisants de
ces mouvements que les exilés
politiques turcs et kurdes ont obtenu
le droit d’asile en Belgique.
Depuis 36 ans, ces mêmes exilés
dénoncent les injustices et
les atrocités commises par le
régime d’Ankara. Mais
désormais, à cause de
la loi antiterrorisme adoptée
par le parlement belge en la date du
19 décembre 2003, ces activités
de dénonciation et de sensibilisation élémentaires
et légitimes sont directement
menacées.
L’année dernière,
les tribunaux belges m’ont inculpé et
condamné pour l’unique
fait d’avoir poursuivi ce type
d’activités démocratiques.
Néanmoins, je ne suis ni un
exilé politique, ni un vétéran
de la guérilla.
En tant que citoyen belge né et
vivant depuis toujours en Belgique,
j’ai exprimé des idées
et une sympathie pour un courant politique
notamment incarné par le DHKP-C
et dont je considère le combat
comme indispensable pour la démocratisation
de la Turquie.
Les tribunaux belges m’ont quant à eux
donné une importance et un rôle
qui sont complètement étrangers à la
nature de mon combat.
A vrai dire, les magistrats qui nous
ont jugé et condamné se
contrefichent du DHKP-C. Ils savent
que cette organisation est inoffensive
en dehors de la Turquie. Et c’est
là que se situe l’imposture.
En effet, ces magistrats ultraconservateurs
et obsédés par l’ordre
et l’autorité se servent
de l’affaire du DHKP-C pour renforcer
l’arsenal judiciaire belge selon
les intérêts stratégiques
de l’Empire étasunien.
Certains d’entre eux, notamment
le procureur fédéral
qui traite de l’affaire DHKP-C,
ont montré qu’ils étaient
prêts à tout pour leurs
ambitions personnelles et la réalisation
de leur rêve de créer
un Etat ultra sécuritaire et
policier. Cyniques et arrogants, ces
soi-disant hommes de loi en viennent
même à se débarrasser
froidement des gens qu’ils estiment
gênants comme ils l’ont
fait l’an dernier, en tentant
de me livrer aux tortionnaires turcs
via les Pays-Bas.
Ils ont en outre accablé mes
camarades co-inculpés de lourdes
peines de prison et les ont soumis à un
régime carcéral inhumain.
Ils croyaient pouvoir faire qu’une
seule bouchée de nous.
Mais grâce à vous tous,
ils se sont cassés les dents.
C’est grâce à vous
car votre mobilisation a permis de
démasquer ces prédateurs
de la liberté.
Puis, il y a eu cette indigeste défaite
du 19 avril dernier, que la Cour de
cassation leur a fait subir en dévoilant
partiellement leurs manipulations illégales.
Bien entendu, nos magistrats de service
n’ont pas apprécié.
Ils n’ont d’ailleurs pas
perdu un seul instant pour en découdre
avec mes co-inculpés et moi-même
puisque notre procès reprendra à la
Cour d’appel d’Anvers dès
le 13 septembre prochain tandis que
les débats de fond débuteront
le 27 septembre.
Nous ne sommes bien entendu pas à l’abri
d’une réutilisation de
la loi antiterrorisme à l’encontre
de nos actions qui relèvent
purement de la liberté d’expression
et d’association.
Par conséquent, si l’on
veut empêcher que la Belgique
ne devienne un Etat policier comme
ne l’est aujourd’hui la
Turquie, nous devons redoubler d’attention,
restés vigilants et surtout
assister massivement à ce procès
pour montrer que la Belgique des droits
et des libertés, la Belgique
juste et démocratique, n’a
pas dit son dernier mot, pour sauver
ce qu’il est encore possible
des acquis démocratiques résultant
des luttes sociales et syndicales dans
ce pays.
Bahar Kimyongür |