Ce
mardi matin, environ deux cents
personnes se sont rassemblées, à l’appel
du Clea, sur les marches du Palais
de Justice de Bruxelles pour
exiger la cassation du verdict
prononcé le 7 novembre
dernier à l’encontre
des sept opposants politiques
au régime d’Ankara,
dans le cadre de l’ «affaire
DHKP-C».
Durant
l’audience de ce matin à la
Cour de cassation, l’avocat
général a développé son
argumentaire mais faute de temps
et du fait du rajout d’éléments
supplémentaires, les avocats
de la défense n’ont
pu plaider. Leurs plaidoiries
devront ainsi avoir lieu le 17
avril prochain. Aujourd’hui
aurait donc dû se tenir
l’unique audience en cassation,
celle-ci est finalement remise
pour dans trois semaines, le
17 avril, date à laquelle
cette procédure devrait
connaître son épilogue.
Il
est a noter que, des quatre condamnés,
seule Sükriye Akar était
présente à l’audience.
Bahar Kimyongür,
qui devait se trouver sur place,
a expliqué, par téléphone,
que l’escadron spécial
chargé de le transférer
de la prison de Nivelles où il
est actuellement incarcéré vers
le Palais de Justice, n’était
jamais venu le chercher. Ni ses
avocats ni sa famille n’ont été prévenus
de ce changement inopinéde programme.
Voici
les principaux éléments
soulevés par les avocats
de la défense pour justifier
la cassation du «jugement
DHKP-C» :
Contestant
les nombreuses irrégularités
ayant émaillé le
procès intenté contre
leurs clients dans l’affaire
dite du «DHKP-C» (aussi
appelée, dans les médias, «Affaire
Erdal» ou «Affaire
Kimyongür»),
les avocats des condamnés
avaient introduit un pourvoi
auprès de la Cour de Cassation.
En effet, par le jugement d’Appel
rendu le 7 novembre 2006, sept
des prévenus avaient été l’objet
de lourdes sanctions pénales –pour
appartenance à une organisation
qualifiée par le tribunal
de «fanatique, criminelle
et terroriste». Ainsi,
quatre des accusés (dont
Fehriye Erdal) avaient été frappés
de quatre années d’emprisonnement ;
Bahar Kimyongür de cinq
années de réclusion; Musa
Asoglu ainsi que Dursun Karatas
de sept ans de détention.
Dans
leur recours, les avocats [1] ont avancé pas
moins de vingt motifs justifiant
l’annulation du jugement
d’Appel.
Voici,
résumées, les principales
contestations de forme que les
avocats ont opposé au Président
du tribunal de seconde instance
J. Logghe et à ses deux
assesseurs T. Denys et J. Libert
(étant
entendu que ceux-ci avaient été constamment épaulés,
dans leurs coups bas, par le magistrat
fédéral Johan Delmulle).
La
Cour d’Appel de Gand a
totalement eu tort d’entériner
la mise sur pied d’un tribunal
d’exception à Bruges.
Ceci s’est passé en
laissant siéger –en
première instance– le
juge Freddy Troch de Termonde,
comme juge et président
du tribunal correctionnel.
Ni à Bruges
ni à Gand, le caractère
public des audiences n’a été garanti.
Les mesures ultra-sécuritaires
mises en place par la police
ont ainsi tenu à l’écart
des personnes qui, autrement,
seraient certainement venues
assister au procès. Par
ces mesures de sécurité hors
du commun, la presse écrite
et les médias télés
n’ont pu suivre normalement
les sessions du tribunal du premier
degré ou de la Cour d’Appel.
La
Cour d’Appel de Gand et
le Tribunal correctionnel de
Bruges se sont, totalement à tort,
estimés compétents
pour ce procès purement
politique. Seule la Cour d’Assises
pouvait être saisie
La
Cour d’Appel a enfreint,
par son Arrêt, la liberté d’expression,
la liberté d’association
et la liberté de réunion.
La
Cour d’Appel de Gand a
condamné les inculpés
notamment pour des faits qui
n’ont pas été commis
en Belgique et qui n’ont
pas été commis
par eux. Ils ont, entre autres, été condamnés
pour des actes qui se sont produits
il y a des dizaines d’années
et même plus. Certains
des inculpés n’étaient
même pas encore nés
ou étaient de très
petits enfants au moment des
faits.
La
Cour a appliqué des lois
pénales qui n’existaient
pas au moment des faits.
L’instruction
judiciaire a été menée
totalement à charge. La
Cour a rejeté toutes les
requêtes d’instruction à décharge
des inculpés. Par là même,
le procès ne pouvait être «équitable».
La
Cour a totalement retiré les
faits de leur contexte. La Cour
a obstinément refusé d’examiner
la situation des droits de l’Homme
en Turquie et de les investir
dans leur jugement.
Tant
le Tribunal correctionnel de
Bruges que la Cour d’Appel
de Gand ont émis et exprimé (respectivement
dans leurs jugement et Arrêt)
des opinions foncièrement
politiques.
L’Etat
turc ne pouvait se constituer
partie civile.
[1] : Carl Alexander (pour
Kimyongür), Paul Bekaert (pour
Erdal), Jan Fermon (pour Asoglu),
Raf Jespers (pour Erdal), Nadia
Lorenzetti (pour Akar) et Ties
Prakken (pour Karatas et Sari).
|