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Anvers n'est pas Ankara
Bruxelles, 14 mai 2008
Article
publié dans la rubrique «Chronique des
libertés» du Drapeau Rouge, mai-juin 2008, n° 22, page
9
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Le
7 février dernier, les juges de la Cour d’appel
d’Anvers ont rendu un jugement proprement magistral en offrant
à mes camarades et à moi-même un ticket retour vers
la liberté.
Contre toute attente, ils ont
écarté d’un revers de la main les
élucubrations du procureur fédéral sur la
«dangerosité» et le «caractère
criminel» des militants inculpés.
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Ils
ont en outre pulvérisé les sinistres projets du procureur
qui consistaient à établir des tribunaux
d’exception en Belgique, à criminaliser la
résistance à l’oppression des Etats et à
condamner des idées, en l’occurrence, marxistes. Leur
courage et leur intégrité méritent sans aucun
doute le respect et les compliments de tous les démocrates de ce
pays et d’ailleurs.
En effet, grâce à eux,
depuis le 7 février dernier, dans ce pays, on peut à
nouveau se dire communiste et militer pour un idéal
révolutionnaire sans risquer de se retrouver derrière les
barreaux. Mais pour combien de temps encore ? Côté
procureur fédéral, ce n’est que partie remise, car
il a décidé de se pouvoir en cassation. En attendant la
suite de cette saga judiciaire époustouflante, j’aimerais
revenir sur certains cas bien moins heureux, notamment celui de mon
petit frère de lutte Ferhat Gerçek, que j’ai
évoqué dans un précédent numéro.
Ferhat est ce tout jeune Turc âgé de 16 ans originaire de
Giresun en Mer noire et habitant un quartier pauvre d’Istanbul.
En octobre dernier, un policier lui a tiré dans le dos alors
qu’il distribuait l’hebdomadaire de gauche
«Yürüyüs». Depuis, il est condamné
à se déplacer en chaise roulante. Ferhat a
récemment assuré qu’il pourra remarcher grâce
à l’amour de ses camarades. Malgré la lésion
par balle dont il souffre à la moelle épinière, le
voilà déjà accomplir ses premiers pas dans les
couloirs de son hôpital. Son agresseur en uniforme n’a
jamais été interpellé. Il est d’ailleurs
toujours à son poste. Normal puisque pour la police et la
magistrature turques, prôner le socialisme en Turquie, même
à travers la distribution d’un journal, est en soi une
activité terroriste. On se rappellera que cette logique
unilatérale fut aussi défendue bec et ongles en Belgique par le procureur
fédéral, tout au long de notre procès.
Mes
pensées vont également aux nombreux activistes
incarcérés pour avoir dénoncé dans une
conférence de presse, l’exécution en
décembre dernier d’une révolutionnaire du DHKP-C
dénommée Kevser Mirzak ou pour avoir assisté
à ses funérailles. Parmi les victimes de ces rafles, il y
a Ethem Açikalin, président de la section de Adana de
l’association turque des droits de l’homme (IHD), Meryem
Özsögüt, une dirigeante du syndicat de la santé
(SES) ainsi que plusieurs membres d’associations de quartier.
Participer à une conférence de presse ou à des
funérailles est en l’occurrence interdit par les lois
turques lorsque la victime est labellisée « terroriste
». D’ailleurs, « victime » n’est pas le
mot car en Turquie, un « terroriste » n’est jamais
« victime ». Notre procureur fédéral et
national n’en pense pas moins…
Que dire aussi de
ces innombrables intellectuels et manifestants kurdes
arrêtés ces dernières semaines pour avoir
dénoncé les récentes opérations de
l’armée turque visant les guérilleros du PKK
retranchés dans le Kurdistan irakien ?
Sur décret
du gouvernorat, de la police et du quatrième tribunal
d’assises de la ville de Van, il est aujourd’hui interdit
de crier « assez » en kurde au motif que « Êdi
Bessé » (qui rappelle le très latino et non moins
sympathique « Ya Basta ») est un slogan en faveur du PKK.
En réalité, « Êdi bessé » est le
nom de la nouvelle campagne menée par le parti pro-kurde DTP
pour le droit à l’éducation en langue kurde, pour
l’arrêt de la guerre menée au Kurdistan et pour la
levée du régime d’isolement dont souffre Abdullah
Öcalan, le dirigeant suprême du PKK, qui occupe à lui
tout seul l’île-prison d’Imrali…
Déclarer son ras-le-bol en langue kurde devient ainsi de facto un acte terroriste.
Heureusement,
en Belgique, nous n’en sommes pas encore là. Dans
l’affaire du DHKP-C, le spectre du maccarthysme qui hantait le
tribunal d’Anvers, a dû ravaler sa langue fourchue, rendre
son tablier (ou sa toge, c’est selon) et plier bagages, la queue
entre les jambes. Pour le procureur Delmulle, c’était le
monde à «l’Anvers» ! Mais pour combien de
temps encore… |
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Actualité de
Huxley
«(...) au moyen de méthodes toujours plus efficaces de manipulation
mentale, les démocraties changeront de nature. Les vieilles formes pittoresques
– élections,
parlements, hautes cours de justice–
demeureront mais la substance sous-jacente
sera une nouvelle forme de totalitarisme
non violent. Toutes les appellations
traditionnelles, tous les slogans
consacrés resteront exactement
ce qu'ils étaient aux bon
vieux temps. La démocratie
et la liberté seront les thèmes
de toutes les émissions (...)
et de tous les éditoriaux
mais (...) l'oligarchie au pouvoir
et son élite hautement qualifiée
de soldats, de policiers, de fabricants
de pensée, de manipulateurs
mentaux mènera tout et tout
le monde comme bon lui semblera.»
Aldous Huxley, Retour au meilleur des mondes |
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