«J'ai tué près de mille personnes...»
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«Dans la lutte contre le terrorisme, j’ai dû tuer près de 1.000 personnes», a révélé Ayhan Carkin, un membre des équipes d’opérations spéciales (Özel Harekat Timleri) invité aux studios d’«Arena», une émission très populaire présentée par le journaliste vedette et très conservateur Ugur Dündar et retransmise le soir du 21 octobre 2008 sur Star TV.
Cet aveu vient confirmer ce que l’ex-chef de la contre-guérilla, ex-chef de police, ex-directeur de la Sûreté, ex-gouverneur, ex-ministre de l’intérieur, ex-ministre de la justice et actuel président du Parti de la Juste Voie (DYP, droite) ainsi que baron de la drogue, Mehmet Agar, avait déclaré en mars 2000 dans le cadre d’une enquête parlementaire sur le scandale Susurluk : «Nous avons mené 1.000 opérations pour le compte de l’Etat»…
Nous, familles et sympathisants des victimes de ces nervis, ne sommes que très peu étonnés de ces déclarations. Gageons toutefois que
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cette info éclairera ceux qui douteraient encore du caractère terroriste et fasciste d’un Etat qui est à l’image de ses agents sanguinaires sans foi ni loi.
Qui est Ayhan Carkin ?
Ayhan Carkin est né en 1962 à Erzurum. Issu d’une famille pauvre, il aurait abandonné ses études durant le lycée en raison du «terrorisme», selon ses dires. En 1985, il s’inscrit aux «opérations spéciales», une formation donnée par la Direction de la Sûreté générale. Son professeur n’est autre que le lieutenant colonel Korkut Eken, un autre mercenaire plusieurs fois récompensé par l’armée pour ses basses besognes. Les deux hommes seront symboliquement condamnés dans la très sale affaire Susurluk qui révéla les liens entre politiciens, trafiquants d’héroïne, chefs de police et nervis fascistes membres des Loups Gris.
C’est Korkut Eken qui fera de lui une machine à tuer. Carkin est d’abord envoyé dans les provinces kurdes pour éliminer les militants du PKK. Après avoir fait ses armes dans la guerre contre les patriotes kurdes, il est rappelé à Istanbul pour liquider les militants du Devrimci Sol (le mouvement qui en 1994, deviendra le DHKP-C).
Première mission, l’opération de Nisantasi menée le 11 juillet 1991 au cours de laquelle 11 militants du DHKP-C sont exécutés. La Cour européenne des droits de l’homme condamnera la Turquie pour cette opération meurtrière qualifiée d’ «exécution extrajudiciaire». Dans sa deuxième opération urbaine, menée dans le quartier de Ciftehavuzlar à Istanbul, Carkin assassine le 17 avril 1992 trois figures importantes du DHKP-C dont Sabahat Karatas, l’épouse du secrétaire général du mouvement révolutionnaire [1].
Après chaque opération, il est poursuivi par la justice puis acquitté…
Le 13 août 1993, il participe au massacre de Perpa, une opération contre le DHKP-C menée dans un centre commercial stambouliote : 5 morts. Le corps de Selma Citlak, la caissière d’une cafeteria sera retrouvé criblé de 18 cartouches. Après ses exécutions, Ayhan Carkin déposait souvent un revolver au côté de sa victime.
Il exécutera plusieurs dizaines d’autres militants du mouvement : le 14 juillet 1992, Nurten Demir et Ismail Akarçesme à Kasimpasa (Istanbul), le 23 avril 1992, Ibrahim Yalçin à Kartal (Istanbul), le 24 mars 1993, Ibrahim Yalçin Arikan, Avni Turan et Recai Dinçel à Bahçelievler (Istanbul), le 10 avril 1996, Mustafa Bektas et Muharrem Karakus à Göztepe (Istanbul), …
Ayhan Carkin, le «Rambo turc», comme le surnomme la presse, aurait également trempé dans le massacre de Gazi, le 12 mars 1995. Dans ce quartier, des émeutes avaient éclaté après que des escadrons de la mort eurent ouvert le feu sur des établissements fréquentés par la communauté musulmane progressiste alévie abattant un vieillard et un jeune homme et blessant 25 autres. La chasse à l’homme à laquelle se livreront Carkin et ses acolytes dans les jours qui suivirent cette fusillade coûtera la vie à dix-huit personnes.
Mais à chaque fois, grâce à ces nombreuses protections et à la culture de l’impunité entretenue et encouragée par la «Justice» turque, Ayhan Carkin ne sera jamais écroué pour ces innombrables crimes abominables.
Justice pour toutes les victimes d’Ayhan Carkin et de ses sbires. C’est là notre seule exigence.
SOURCE
Le comité TAYAD,
regroupant les familles de détenus politiques et disparus turcs
22 octobre 2008
tayadkomite@hotmail.com
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[1] On retrouvera 40 cartouches dans le corps de Sabahat Karatas, 58 dans le corps de Eda Yüksel et 45 dans le corps de Taskin Usta. |
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Le Clea est un collectif citoyen visant à
promouvoir un débat critique sur les
nouvelles législations antiterroristes.
Le cas de Bahar Kimyongür est exemplaire
à cet égard. En vertu de ces
nouvelles dispositions, non seulement les
libertés d'expression et d'association
sont mises à mal mais, en plus,
l'avenir d'un homme qui n'a commis aucun
délit, menacé aujourd'hui de dix ans de prison ferme, est gravement compromis. |
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«Ne dites pas à ma mère que je suis militant,
elle croit que je suis terroriste»
par Edgar Szoc, Secrétaire général de la Ligue des droits de l'Homme [Lire] |
Actualité de
Huxley
«Par le moyen de méthodes toujours plus efficaces de manipulation
mentale, les démocraties changeront de nature. Les vieilles formes pittoresques
– élections,
parlements, hautes cours de justice–
demeureront mais la substance sous-jacente
sera une nouvelle forme de totalitarisme
non violent. Toutes les appellations
traditionnelles, tous les slogans
consacrés resteront exactement
ce qu'ils étaient aux bon
vieux temps. La démocratie
et la liberté seront les thèmes
de toutes les émissions (...)
et de tous les éditoriaux
mais (...) l'oligarchie au pouvoir
et son élite hautement qualifiée
de soldats, de policiers, de fabricants
de pensée, de manipulateurs
mentaux mènera tout et tout
le monde comme bon lui semblera.»
Aldous Huxley, Retour au meilleur des mondes
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