Il y a quelques semaines, nous vous transmettions une énième carte blanche démontrant, sur base du procès DHKP-C, la dangerosité de la loi «antiterroriste» pour les citoyens belges et leur liberté d’opinion : [«La Belgique rode sa loi antiterroriste»]
Dans un argumentaire très «delmullesque», l’ambassadeur turc à Bruxelles réagissait à cette prise de position en affirmant que le DHKP-C étant terroriste, ceux qui expliquent leurs actes sont également des terroristes : [«On ne peut dissocier ceux qui posent les bombes de ceux qui expliquent pourquoi»]
Dans cette discussion, les auteurs de la première carte blanche ont répondu en expliquant que la réaction de l’ambassadeur turc était justement ce qu’ils dénonçaient. Ses remarques prouvent, par l’absurde, que la «guerre contre le terrorisme» empêche tout débat critique à son propos. On ne peut plus parler de liberté d’expression en Belgique car il faudrait se focaliser sur le terrorisme en Turquie. Et quand on répond sur la Turquie, on ne peut plus parler de résistance à l’oppression mais seulement de terrorisme du DHKP-C : [«L’image du terrorisme ou comment faire taire»]
Au final, Fuat Tanlay s’est fait prendre à son propre jeu. En une formule, il a montré toute l’incohérence des lois «antiterroristes» et le vrai visage de l’État turc. Déçu par la décision [de la Cour d’Appel de Bruxelles] du 14 juillet dernier qui exige une requalification des préventions dans le procès DHKP-C à Bruxelles, l’ambassadeur turc s’en est pris violemment à la Belgique. «Inchallah, que la Belgique subisse le terrorisme, pour qu’ils comprennent», a-t-il asséné dans la presse turque : [«L’ambassadeur turc appellerait au terrorisme en Belgique»]
À suivre la logique des partisans de George W. Bush, le procureur Delmulle devrait immédiatement poursuivre Tanlay pour «provocation publique à commettre un acte terroriste» ! Le nouveau ministre belge des affaires étrangères, Yves Leterme, a, en tout cas, fait savoir qu’il demanderait des explications à l’ambassadeur turc au sujet des propos «très peu diplomatiques» qu’il a tenus : «Tension diplomatique entre la Belgique et la Turquie»]
Ultime rebondissement dans cette affaire? La Belgique aura bientôt un nouvel ambassadeur turc. Fuat Tanlay, lui, s’est vu gracieusement offrir par l’Etat turc un nouveau poste : «Le départ de l’ambassadeur turc Tanlay : une promotion ou une sanction?»]
Le CLEA, depuis plusieurs années maintenant, tente d’interroger les législations «antiterroristes» belges via l’affaire DHKP-C. Une des difficultés réside pour nous dans le fait que des hommes comme l’ambassadeur Tanlay coupent toutes nos argumentations en terminant leurs phrases par un définitif : «le DHKP-C est un groupe terroriste».
Le CLEA réaffirme donc qu’il ne s’intéresse pas principalement à la situation en Turquie mais à la démocratie en Belgique.
Le CLEA ne défend pas le DHKP-C mais s’oppose à l’utilisation de la loi «antiterroriste» belge à l’encontre de certains des membres présumés de cette organisation turque.
Le CLEA ne se positionne pas sur l’action du DHKP-C en Turquie mais refuse de prendre pour argent comptant la propagande officielle turque à son sujet.
Face aux arguments d’autorité avancés au sujet de la situation turque, le CLEA se voit donc contraint, par moments, de formuler quelques remarques :
•«Pas une seconde à perdre pour sauver Güler Zere» (une prisonnière politique turque, atteinte d’un cancer)
•«La Turquie, une démocratie?»
•«Le DHKP-C, un groupe terroriste?»
•«Résistance ou terrorisme? La justice belge doit-elle trancher?»