S'exprimer, s'organiser, contester :
ce n'est pas du terrorisme !

Clea*

Comité liberté d'expression et d'association

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Bruxelles, 11-05-2006 (Palais de justice)

 

Prise de parole du Clea

 

 

 

Au nom du Clea, le Comité pour la liberté d’expression et d’association, je vous remercie d’être venus si nombreux à ce rassemblement pour soutenir Bahar Kimyongur qui a été arrêté aux Pays-Bas et qui risque d’être extradé vers la Turquie, ce qui constitue une menace grave pour l’intégrité physique de ce ressortissant belge.

 

Il y a dix jours, à l’appel du Clea, quelques 80 personnes se sont réunies dans l’urgence devant l’ambassade des Pays-Bas pour dénoncer l’arrestation de Bahar et une atteinte à la liberté d’expression et d’association. Dans la presse, les manifestants ont été qualifiés de « complices du terrorisme ». Dix jours plus tard, plus personne n’ose dire cela. Des quatre coins du monde, des citoyens se réunissent, toujours plus nombreux, autour de notre pétition « Liberté pour Bahar » basée sur trois revendications :

 

- Non à l’extradition de Bahar vers la Turquie,

 

- Liberté pour Bahar,

 

- La Belgique doit protéger son ressortissant en obtenant son rapatriement des Pays-Bas vers la Belgique.

 

Le mouvement qui est en train de naître autour du cas emblématique de Bahar est un mouvement de solidarité internationale. Nous avons reçu des signatures du Pérou, d’Irak, du Maroc, du Canada, de la plupart des pays européens ; des antennes du Clea se sont créées à Liège, à Paris, à Florence ; des associations de défense des Droits de l’Homme comme la Ligue des Droits de l’Homme qui co-organise ce rassemblement, des comités de défense des prisonniers politiques, des associations d’avocats, des sections syndicales nous envoient des messages de soutien en faveur de Bahar.

 

Je peux vous dire que ça fait chaud au cœur de voir autant de citoyens réagir et se mobiliser, ce qui démontre également que toute une part de la population a besoin de s’exprimer et de s’organiser. Mais je crois évidemment qui celui à qui ça fait le plus de bien, c’est à Bahar lui-même.

 

Bahar est en grève de la faim depuis 14 jours maintenant. Il entend par ce biais protester contre son arrestation. L’engagement de Bahar, qualifié de terrorisme par la Turquie et la Belgique, peut être résumé sous forme de trois questions :

 

- Dire que le peuple irakien a le droit de résister à l’envahisseur américain, est-ce un acte terroriste ?

 

- Organiser des manifestations pacifiques de soutien à la lutte du peuple palestinien, est-ce un acte terroriste ?

 

- S’opposer à l’oppression en dénonçant les cas de torture dans les prisons turques, est-ce du terrorisme ?

 

Non, pour le Clea, s’exprimer, s’organiser, contester : ce n’est pas du terrorisme. Ce sont des libertés garanties par la constitution belge.

 

La Belgique, il y a peu encore, se targuait d’être parmi les plus fidèles défenseurs de la liberté d’expression. Notre Etat doit se comporter de manière conséquente : la liberté d’expression est également un droit pour ceux qui déploient un argumentaire critique à l’égard des pouvoirs en place.

 

Avec les nouvelles lois antiterroristes importées des USA, interpeller un ministre turc sur les atteintes aux droits des prisonniers politiques ; traduire et diffuser un communiqué d’une organisation d’opposition au régime d’Ankara ; faire partie du bureau d’information du DHKC à Bruxelles en respectant le cadre démocratique fixé par la Belgique ; avec ces lois, cet engagement politique est qualifié d’actes terroristes. Cela, pour tout démocrate, c’est inacceptable. Via l’attaque contre Bahar, c’est toute l’expression citoyenne contestataire qui est visée. Car non seulement les législations qui permettent d’inquiéter Bahar constituent des atteintes à la liberté d’expression et d’association mais aussi car ces lois nous amènent vers la situation dramatique d’aujourd’hui où un citoyen belge qui n’a commis aucun délit risque d’être remis entre les mains des bourreaux qu’il dénonce.

 

De plus, nous pouvons affirmer aujourd’hui que c’est l’Etat belge et la Sûreté de l’Etat qui tentent de livrer Bahar à la Turquie via les Pays-Bas pour faire bonne figure auprès des autorités turques après la disparition de F. Erdal.

 

Pour toutes ces raisons, nous exigeons que la Belgique se positionne officiellement pour protéger son ressortissant en obtenant son retour des Pays-Bas vers la Belgique. Le Clea continuera à développer et à amplifier le combat pour Bahar jusqu’à son retour sur le sol belge.

 

Pour finir, je souhaite faire appel à votre sens des responsabilités. Bahar est devenu un symbole. Il est le symbole des dangers que les nouvelles lois antiterroristes font peser sur nos libertés. Si l’on perd ce combat, la porte est définitivement ouverte aux attaques systématiques contre les discours contestataires qui seront dorénavant taxés de terroristes et punis comme tels.

 

Le Clea souhaite rencontrer Laurette Onkelinkx, Ministre de la Justice, pour lui remettre la pétition « Liberté pour Bahar ». Notre objectif est d’atteindre 10 000 signatures. Le Clea appelle tous les citoyens à diffuser cette pétition et notre adresse mail où la signer : leclea.be/  pour que nous puissions rapidement aller remettre la pétition à Laurette Onkelinkx.

 

Si le PS est, comme il le prétend, de gauche c’est-à-dire s’il défend vraiment les plus faibles, mme Onkelinkx doit nous recevoir et s’engager à obtenir, par tous les moyens, la certitude que le gouvernement belge protègera Bahar.

 

Aidez le Clea, rassemblez-vous derrière notre pétition, restez mobilisés parce que la démocratie, c’est nous. La démocratie, c’est les citoyen qui réagissent, se mobilisent, contestent.

 

Merci pour votre solidarité.


 

 

* Le Clea est un collectif citoyen visant à promouvoir un débat critique sur les nouvelles législations antiterroristes. Le cas de Bahar Kimyongür est exemplaire à cet égard. En vertu de ces nouvelles dispositions, non seulement les libertés d'expression et d'association sont mises à mal mais en plus la vie d'un homme qui n'a commis aucun délit est menacée.